JEAN-MARC BARR: “LA PHOTOGRAPHIE EST MA MAGIE”

August 25, 2017

En 1988, Jean-Marc Barr a été révélé par ”Le Grand Bleu”. Dix ans plus tard, il réalise ”Lovers”, son premier long-métrage. Entre les deux, l’acteur français d'origine américaine a pris goût à la photographie. Une passion pour l’image qu’il dit vitale. Confidences.

Autoportrait, pendant le tournage de “Folle d'elle”, Los Angeles, 1997.© Jean-Marc Barr.

Auteur : Dimitri Beck

Source : http://www.polkamagazine.com/jean-marc-barr-la-photographie-est-ma-magie/

 

 

Comment est né votre passion pour l’image, pour le cinéma?

 

Je suis un enfant de la télévision américaine des années 60-70. J’ai grandi aux Etats-Unis, avec “Easy Rider”, “Les Hommes du président”, “Taxi Driver”… Tous ces films reflétaient la société d’alors. Et les regards de ces cinéastes avaient pour but d’améliorer cette société. A partir de “Star Wars”, je n’ai plus rien compris.

 

Mais tout a vraiment commencé quand j’étais à l’Université de Californie à Los Angeles. Un jour, j’ouvre une porte par erreur, j’entends parler français et je tombe sur “Alphaville” de Jean-Luc Godard. Une révélation. Plus tard, je ferai une école de cinéma et je lirai Jack Kerouac, William Shakespeare, Henry Miller…

 

L’engagement de certains acteurs m’a aussi donné l’envie de faire ce métier, celui de Jane Fonda ou de Marlon Brando qui a refusé de recevoir en mains propres son Oscar pour “Le Parrain” et a envoyé à sa place une actrice indienne. Les acteurs avaient un pouvoir égal à celui des politiciens à l’époque.

 

Ce temps-là est-il révolu?

 

De nos jours, le cinéma privilégie le divertissement. Pourtant, il y a un profond besoin de films plus concernants. Dans “Fuocoammare” [documentaire sur l’île de Lampedusa où des milliers de migrants débarquent depuis vingt ans, de Gianfranco Rosi, 2016], les morts ne sont pas des figurants. Aujourd’hui, ce n’est plus le journal de 20 heures qui nous informe et nous montre ces drames. Notre rapport à l’image a beaucoup changé. Avec les réseaux sociaux, il n’y a plus de filtres. Ils nous ont désensibilisés.

 

L’impact du travail des photojournalistes était beaucoup plus important dans les années 70-80. Même si l’information était d’une certaine manière plus contrôlée. Aux Etats-Unis, par exemple, nous n’avions que très peu d’informations sur le Vietnam. Avant, il y avait deux parties dans une même histoire: les bons et les méchants. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus complexe.

 Aissa Maiga, 2009. Série ”Une actrice sur mon lit” pour le magazine ”Première”.

© Jean-Marc Barr.

 Charlotte Rampling, 2009. Série ”Une actrice sur mon lit” pour le magazine ”Première”.

© Jean-Marc Barr.

 

On vous connaît comme acteur, mais beaucoup moins comme photographe. Qu’est-ce qui vous a amené à la photographie?

 

Après le succès du “Grand Bleu”, en 1988, j’ai tout de suite réalisé que si je me prenais au sérieux, je me tirerais une balle dans la tête. Le cinéma est pour moi un travail. Alors, il a fallu que je cherche d’autres activités pour accompagner mes envies. J’ai trouvé la photographie à ce moment-là.

 

Qui sont les photographes qui vous inspirent?

 

James Nachtwey. Ce Texan a un look, cest un personnage intrigant. Ses photos sont des tableaux dramatiques. Il y a du Caravage chez lui. Et de la poésie aussi. Et puis, Lars von Trier a beaucoup inspiré ma pratique.

 

Vous avez tourné à plusieurs reprises avec lui. En quoi la vision de ce réalisateur danois vous a-t-elle influencé?

 

Un soir de 1995, après s’être saoulés, Lars von Trier et son ami Thomas Vinterberg, réalisateur également, ont réfléchi à comment éliminer tout artifice de leurs films. Ce qui a donné le mouvement Dogme95. Sa charte: pas de lumière artificielle, pas de décor ni de costumes créés spécialement, musique jouée pendant le tournage, tournage en vidéo et pas en 35 mm… En somme, produire un cinéma du réel pur. Cette vision a nourri mon envie de capter le naturel en photo.

 

Je m’étais déjà acheté un bel appareil en 1991, après le tournage d’“Europa” de Lars von Trier. Et l’iPhone est arrivé. Je l’utilise souvent même si je tiens à mon Leica M6 comme à la prunelle de mes yeux. Je viens d’ailleurs de sélectionner, pour mon plaisir, 50 de mes meilleures photos prises au smartphone.

 Cracovie, Pologne, 2014. “Créative avec rien, l’âme slave inspire toujours une moralité qui m’étonne.”

© Jean-Marc Barr.

Comment avez-vous choisi ces images ?

 

En fonction de l’émotion que je ressens en les regardant et de leur harmonie. Comme celle que j’ai prise à Cracovie [ci-dessus]. Les Polonais forment un peuple très lyrique et artisanal, avec une touche de fantaisie à la Chagall. Depuis quelques années, je capte des instants partout où je vais, notamment lors de mes tournages.

 

Vous avez fait quelques expositions et sorti un livre avec vos images. Quels sont vos projets photo?

 

Depuis 1990, j’ai toute ma vie sur planches-contacts. Et ce trésor tient dans 45 albums. A l’intérieur, des rencontres, des sensations… Je veux continuer cette démarche, en particulier avec mon fils Jude, à raconter ma vie et ma philosophie à travers ce grand journal photographique. Un peu comme Alain Keler le fait. J’aime beaucoup son “Journal d’un photographe”, que je suis sur Facebook.

 

 Anatolie, Turquie, 2014. “En attentant de tourner ‘Graine’ de Semih Kaplanoglu, l’éternel mer de l’Anatolie.”

© Jean-Marc Barr.

 

 Tunisie, 2007. “Une de mes premières photos prises au smartphone.”

© Jean-Marc Barr.

 

En 1998, vous passez derrière la caméra et vous tournez “Lovers”. Devenir réalisateur a-t-il changé votre regard?

 

J’avais envie de filmer avec mon cœur. J’ai tourné avec une petite caméra numérique, dans l’esprit de Dogme95. Ce qui m’a permis d’être plus libre dans mes cadrages, mes mouvements et mon attitude. Du côté esthétique, la texture était très différente et détachée de la belle image, très formatée, du 35 mm. J’étais plus dans l’émotion que dans la perfection. Pour être projeté dans les salles de cinéma, on a dû “kinoscoper” le film, c’est-à-dire le faire passer du numérique au 35 mm qui était le format standard.

 

Aujourd’hui, on est passé à une image numérique au format 4K, voire 6K, avec un rendu d’une extrême précision. Tous les gamins ont aujourd’hui des consoles de jeux et se servent de la réalité virtuelle. Avec le numérique, on peut faire tout ce que l’on veut, même sans la matière. Alors que pour moi, filmer reste une captation physique, à l’image de la peinture. Je reste beaucoup plus sensible à la pellicule.

 

Est-ce un acte militant de votre part?

 

Un acte spirituel plutôt. J’essaye d’être un artiste, un peu idéaliste. La photographie me permet de rester en vie. Je suis comme un chasseur d’images, tout le temps à l’affût de ce qui se passe autour de moi, à la recherche de la bonne lumière et de l’action. D’une certaine dramaturgie aussi… Je perçois le drame chez les gens, dans une silhouette et une posture.

 

Est-ce une quête?

 

J’ai peur d’être un peu comme Prospero dans “La Tempête” de Shakespeare. A un moment, il doit jeter sa boîte magique. La photographie, c’est ma magie. Je ne peux pas m’en débarrasser.

 Portrait de l’acteur Arthur Dupont, 2007.

© Jean-Marc Barr.

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