Extrait choisi : Quatre grands chantiers de Françoise NYSSEN au Ministère de la Culture ... (Libération)

May 23, 2017

Un extrait de cet article de Libération :

Copyright Stephane de Sakutin AFP

Auteurs : Clémentine Mercier

Source : http://next.liberation.fr/culture-next/2017/05/18/quatre-grands-chantiers-de-francoise-nyssen-au-ministere-de-la-culture_1570410

Une politique photo mise au point dans l’urgence

Le mot «photographie» aura mis du temps avant d’entrer dans le vocabulaire du quinquennat Hollande. Sous prétexte de recouvrir des réalités transversales, la filière photo, pourtant en souffrance, n’a pas été prioritaire. Pendant ce temps, les photographes commençaient à se comparer à des ours polaires confrontés à la fonte des glaces, condamnés à «sauter d’un glaçon à l’autre avant qu’il n’ait fini de fondre», selon la métaphore de Samuel Bollendorff, passé de la photographie au webdoc. Depuis le rapport «Photojournaliste : une profession sacrifiée» de la Société civile des auteurs multimédia (Scam) en 2015, plus personne n’ignore la difficulté des professionnels à vivre de leur travail.

 

Dédié à Camille Lepage, morte à 26 ans lors d’un reportage en Centrafrique, ce rapport montrait qu’il faut toujours produire plus et sans filet pour vendre ses photos. En toile de fond : la crise de la presse, la baisse des commandes, le retard des paiements, la dérégulation générée par le Web, le rétrécissement des marchés publicitaires et «corporate». On devine aussi un problème lié à la répartition peu lisible des aides publiques…

 

A l’initiative d’une mission photographique autoproduite, Patrick Messina note que les problèmes sont anciens : «La commande publique passée sur six ans en 2004 à Raymond Depardon nous a choqués. Tant d’argent aurait pu aider beaucoup de photographes.» Avec Jérôme Brézillon, ils imaginent le projet France territoire(s) liquide, présenté au cabinet d’Aurélie Filippetti, qui débloque des fonds. Une initiative venue des photographes, qui sera enfin exposée à la BNF à l’automne.

 

On pourrait se réjouir que sous Audrey Azoulay, troisième ministre de la Culture, trois commandes publiques aient vu le jour : «Réinventer Calais», «Les regards du Grand Paris» et «La jeunesse en France». Autant de signes de bonne volonté, mais qui furent lancés in extremis et à toute blinde. Les dix lauréats de «Regards du Grand Paris» ont commencé à travailler en octobre 2016 et livrent en ce moment leurs tirages. Rapide… Pour «La jeunesse en France», les photographes n’ont eu que deux mois pour travailler, en plein hiver. Là encore, c’est peu.

 

Autre point de crispation : la place de la photo au sein du ministère. En cause, peut-être, le statut de la Mission de la photographie créée en 2010 par Frédéric Mitterrand et chargée des politiques de conservation et de diffusion. Cette mission a au moins le mérite d’avoir mis sur pied un fonds d’aides pour l’image documentaire. Et le Centre national des arts plastiques (Cnap), opérateur public du ministère, enregistre chaque année un nombre croissant de demandes pour ce soutien à la création (32 en 2015, 44 en 2016) avec un budget en hausse (passé de 76 000 à 100 000 euros). Si la mission a redonné de la visibilité à des collections patrimoniales, la valse de ses responsables et sa récente dissolution illustrent à nouveau la difficulté du ministère de la Culture à trouver une place à la photo en son sein.

 

Nombre de chantiers seraient sur le point d’aboutir dans la dernière ligne droite du quinquennat. La mise en place imminente d’une Délégation pour la photographie rattachée à la Direction générale de la création artistique (DGCA) semble une bonne nouvelle… de dernière minute. Un recrutement, plutôt qu’une nomination, pour le poste de délégué - qui implique une équipe et un budget (aucun chiffre n’est avancé) - serait envisagé avant les élections. On annonce également la création d’un Conseil national des arts visuels, calqué sur le modèle du Conseil national des professions du spectacle, dans lequel les photographes auraient leur place. Le festival Circulation(s) a quant à lui trouvé un soutien de la Mairie de Paris et du ministère pour se pérenniser. Autre mesure importante, dont les décrets seraient, nous glisse-t-on, sur le point d’être publiés : la rémunération de la commande photo à 60 euros minimum et la baisse de 30 % des aides directes aux organes de presse qui ne rémunèrent pas les agences et les photographes. Le cabinet de la ministre a déjà rappelé à l’ordre les mauvais payeurs.

 

Cela donne l’impression que la rue de Valois sort, sur le tard, d’une longue torpeur. Une vraie politique photo, assortie d’un budget, menée par des personnalités engagées (et pas toujours les mêmes !) reste le grand défi à venir. C.Me.

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