Chase by the light ...

December 5, 2016

 Ce travail de Jim Brandenburg n'est, certes pas, récent mais me fascine toujours autant ... de par sa forme et son fond : dans une experience proche, somme toute du « Dogme » du réalisateur Lars von Triers, le photographe animalier, Jim Brandenburg, rapporte dans Chase by the Light son expérience tout à la fois humaine et graphique.

L’intérêt de l’expérience menée par Brandenburg repose sur cette proximité d’esprit et de technique, avec les recherches cinématographiques suscitées et l’approche graphique, voire picturale, de la mouvance des photographes paysagistes nord-américains.

 

Jim Brandenburg parcourut les fôrets dans la région des « Grands Lacs », durant 90 jours, de l’équinoxe au solstice d’hivers, ne prenant qu’une seule photographie qui devait « incarner l’esprit de la forêt » tel qu’il le percevait : un exercice techniquement difficile en raison des conditions climatiques extrêmes et des contraintes techniques «imposées» .

 

 Le résultat obtenu, démontre la richesse visuelle de cette approche spécifique et peut laisser présager de ce que pourrait être son application cinématographique, dont une présenterons une esquisse, pour des projet de courts-métrages .

 

Les commentaires qu’il fit de cette recherche graphique, traduits en partie et accompagnant la reproduction des clichés, sont très interessants, dans le sens où ils se rapprochent beaucoup, dans un autre contexte, à ceux des réalisateurs s’étant attachés au « Dogme » .

 

Un travail photographique et documentaire que j'ai toujours trouvé fascinant ...

 10° jour : huarts communs

« Au cœur d'une sombre forêt d'épinettes noires à quelques kilomètres de mon campement, j'ai découvert un lieu qui respire la magie. Dans ces bois calmes et silencieux, j'ai ressenti quelque chose de primitif, comme si personne n'y avait jamais encore posé le pied. Il m'a donc semblé naturel de faire de cet endroit la première étape de mon odyssée photographique. 

Je m'étais imposé un défis : pendant quatre-vingt-dix jours, entre l'équinoxe d'automne, le 23 septembre, et le solstice d'hiver, le 21 décembre, je ferais une photo par jour. Il n'y aurait pas de seconde pose, pas de seconde chance. Mon travail serait réduit à sa plus simple expression, et je devrais me contenter des quelques techniques de photographie et de survie que j'avais acquises par le passé.

Ma quête était subjective et objective. Subjective, parce que personne ne m'y avait obligé. Objectives car une fois mises en place les contraintes imposées m’obligeaient à une réflexion sur mon art et moi-même que je n’avais jamais entrepris auparavant.

Et, à l’avenir, je ne regarderai plus du même œil l’endroit sauvage que j'habite, au bout de la ville d'Ely, dans le Minnesota.

Le premier matin, je me levai avant l'aube pour prendre mon canoë. Un brouillard frais léchait mon visage, la forêt était calme, tandis que je progressais à travers les sombres marécages. 

Le jour était encore plein des odeurs du petit matin quand j'atteignis mon repère, une forêt d'épinettes comme celles qu'on peut encore trouver ici et jusqu'à la baie d'Hudson.

 

C'est sans doute parce que cette forêt n'est pas ostensiblement belle qu'elle est restée si secrète: il n'y a pas d'horizon à perte de vue, pas d'arbres magnifiques et imposants, pas de cascade spectaculaire. Mais j'ai ressenti qu'une présence magique habitait cet endroit, quelque chose de mystérieux et d'ancestral. D'épais coussins de mousse tapissent le sol de la forêt. Des brins d'herbe couchés trahissent le pàssage d'esprits et de vents invisibles. Des troncs d'épinettes noires pointent vers le ciel leurs branches cassées, drapées d'une étrange gaze de lichen. Les champignons vénéneux ressemblent à des tables et à des chaises miniatures. 

Peut être ont ils servi un jour de mobilier à ces «petits hommes», qui font tant partie du folklore des Indiens Ojibwa et de mes ancêtres norvégiens.

 

 23° jour : feuille d’érable dans une mare

J'ai laissé de côté des photographies tentantes ce matin là: une rangée de jeunes grouses alignces sur un tronc d'arbre, des jeunes geais vigoureux. A la place, j'ai choisi de la mousse, des champignons et des arbres. Alors que j'installais mon trépied et que je me mettais à cadrer la scène, je sentais que la vie fugace émanant de ces sujets, pourtant immobiles, était là, prête à être saisie. Leur âme était aussi difficile à capturer que l'image d'un loup blanc dans une tempête de neige. Mon obturateur se déclencha. Mon voyage avait enfin commencé.

 

Comme l'écrivain Henry Thoreau, parti pour la forêt parce qu'il «souhaitait vivre là exprès, se confronter aux vraies choses de la vie» et «gérer le quotidien avec le minimum de contraintes», je suis allé découvrir plusieurs choses. D'abord, je voulais tenter de comprendre le chemin qui m'a mené au travail artistique que j'exerce aujourd'hui. Je voulais ensuite savoir si j'étais aussi proche de la nature que je le croyais. Quant au succès ou à l'échec de mon effort, c'est à vous qu'il appartient d'en juger.

 

Cela a été un projet extrêmement personnel: quand il a été conçu, je n'avais pas particulièrement envie de publier le résultat. Pourtant, je sentais que je voulais m'évader de la routine photographique dans laquelle j'étais tombé. Lâcher tout ce qui encombrait ma vie et surtout quitter pour un temps un monde éclairé par les écrans d'ordinateurs et non plus par le soleil. Je voulais redécouvrir la forêt, voir ce qu'il y avait de l'autre côté de la colline, suivre les animaux à la trace comme j'avais adoré le faire, enfant. Chaque photo, unique, serait un original, comme un tableau, et non la meilleure d'une vaste sélection. J'avais l'impression qu'il y avait des choses à apprendre de cette aventure. I1 y en a eu, mais pas toujours celles que j'avais imaginées. Certaines furent des retrouvailles avec ce quej'avais oublié ou enfoui: par exemple, savoir rester ouvert à l'imprévu ou accepter que, dans la nature, ce qui est beau n'est pas forcément grand.

 

ou encore ... 

 40° jour : gelée du matin recouvre une prairie de joncs 

Mais aucune de ces scènes ne m'avait vraiment «parlé» à ce moment là. Puis, peut-être parce que j'avais été patient, mon esprit s'ouvrit à toutes les possibilités. Mes désirs devinrent soudain réalité à la vue d'une feuille d'érable flottant sur l'eau.

 

Je me sentis mieux instantanément. Bien que la lumière diminua rapidement, j'étudiai la scène de tous les côtés. Finalement, peu sûr de mon choix, je pris la photo tout de même, heureux que cette longue journce touche enfin à sa fin. Encore une fois, je fus surpris du résultat. La photo a une qualité presque lyrique : les reflets de brins d'herbe et de ciel sombre se fondent dans la chaude immobilité de la feuille. Vous ne voyez probablement pas la même chose que moi: à mon sens, cette photo est une leçon de patience et de vigilance. Elle me parle d'intimité aussi, et me rappelle de bien regarder le monde autour de moi. Si certaines des scènes exigèrent une introspection, beaucoup d'autres me demandèrent de participer à la vie alentour. Tandis que je me promenais à travers les bois pour mon plaisir, les résidents habituels des lieux, eux, se débattaient pour survivre au quotidien. 

 

 

 

 

 

 

 

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