Pourquoi les artistes n’achèvent pas toujours leurs œuvres

November 4, 2016

Une interrogation valable autant pour les peintres, que les sculpteurs, plasticiens, voire photographes concernant la réalisation de leurs séries ...

Auteur : Noémie Jennifer

Source : http://thecreatorsproject.vice.com/fr/blog/unfinished-art-exhibition-seven-centuries

Adolph Menzel, Autel dans une église baroque, ca. 1880–1890 © Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie

 

Pour son exposition d’ouverture, le Met Breuer de New York s’est intéressé à des questions d’ordre philosophique qui ont tourmenté bon nombre d’artistes tout au long de l’Histoire : quand est-ce qu’une œuvre d’art peut-elle réellement considérée comme « achevée » ? Au-delà de ça, est-ce qu’elle en a seulement besoin ? L’ambitieuse collection de Unfinished: Thoughts Left Visible comprend 190 œuvres qui tentent d’apporter des éléments de réponse à ces interrogations chacune à leur façon. Certaines semblent avoir été abandonnées, d’autres intentionnellement inachevées.

 

Pour la plupart, il ne s’agit pas de travaux inconnus. « Ce sont des œuvres qui ont été de tout temps admirées en dépit de leur état inachevé », souligne Andrea Bayer, l’une des commissaires de l’exposition. «Ce qui était intéressant pour nous était de les réunir et voir ce qu’elles pouvaient nous dire des artistes.»

 Alice Neel, James Hunter Black Draftee, 1965. COMMA Foundation, Belgique © The Estate of Alice Neel 

 

Plusieurs siècles d’histoire de l’art traversent donc les deux étages sur lesquels prend place l’exposition, dans un ordre à la fois chronologique et thématique. La vaste collection du Met a ainsi été précieuse pour apporter un support contextuel aux œuvres exposées. Parmi les pièces les plus anciennes, nombreuses sont celles qui semblent avoir été stoppées pour des raisons techniques (ou la mort de l’artiste, par exemple), tandis que d’autres recherchent justement cette esthétique de l’inachevé. Dans certains cas, il est difficile de le déterminer : les intentions de l’artiste peuvent rester mystérieuse, comme avec la Sainte Barbe de Jan van Eyck.

 

Les pièces les plus marquantes sont incontestablement celles où l’artiste en profite pour dévoiler les différentes étapes de composition. Les couches, les esquisses, visibles seulement aux rayons X par exemple, sont ici clairement revendiquées. On a ainsi l’impression de faire irruption dans l’atelier de l’artiste, attelé à son travail.

 Janine Antoni, Lick and Lather, 1993–1994. Chocolat et savon. Collection de Jill et Peter Kraus. © Janine Antoni, avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Luhring Augustine, New York

 

Au deuxième niveau, les œuvres de l’après-guerre et contemporaines dressent un tout autre état des lieux. Selon les mots de Bayer, il ne s’agit plus de « Est-ce que j’en ai fini ? » mais « Est-il nécessaire de créer un produit fini ? » Toutes les œuvres sont volontairement laissées inachevées — comme La Flecha de Zenón de Jorge Macchi, une vidéo de 1992 où un décompte jusqu’à zéro ne s’arrête jamais, se subdivisant en d’infinies successions de décimales.

 

De la même façon, l’exposition laisse toutes ces interrogations en suspens. Certains peuvent considérer que ces recherches se limitent dans le temps et non pas aux cultures, focalisées sur la seule production occidentale. « Quand nous avons commencé nos recherches, nous avons brassé large », dit Bayer; « Nous sommes très intéressés par ces problématiques dans l’art ancien, l’art islamique, africain, mais elles ne semblaient pas à leur place dans cette exposition. Finalement, nous avons choisi un récit à flux tendu. »

 Anton Raphael Mengs, Portrait de Mariana de Silva y Sarmiento, duchesse de Huescar (1740-1794), 1775 © Mr et Mme Otto Naumann, New York

 Rembrandt, La Fiancée juive, 1635 © The Metropolitan Museum of Art, New York, H. O. Havemeyer Collection

 Jan van Eyck, Sainte Barbe, 1437 © Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Antwerp

 

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