Comment Paris préserve 13 millions de photographies : le Laboratoire de restauration

November 3, 2016

Auteur : Noémie Jennifer

Source : http://thecreatorsproject.vice.com/fr/blog/how-paris-preserves-13-million-photographs-conservation-lab

 

 Une planche photographique de 1860-1870, de la collection Roger Viollet. Photos de l'auteure, sauf mention contraire.

 

Derrières les portes closes d’institutions d’art des quatre coins de la planète, se cachent des machines à remonter le temps et autres chambres d’investigation. On y voit ressortir de ternes chefs-d’œuvre aussi éclatants qu’à leurs premiers jours ; on y perce des secrets de maîtres ; on y met à jour des compositions secrètes planquées dans de célèbres toiles. The Creators Project vous fait entrer dans ces laboratoires de restauration.

 

Vous ne le saviez peut-être pas mais notre capitale, en plus d’avoir la réputation d’abriter parmi les plus belles œuvres du monde, possède une collection incroyable de photographies. Et qui dit collection dit aussi conservation. L’Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris (ARCP) délivre les normes de traitement pour conserver au mieux les photographies entreposées dans les musées, bibliothèques et archives de la ville. Au total : plus de 13 millions d’objets, allant des tirages au matériel retraçant l’histoire de la photographie de ses débuts à aujourd’hui.

 

« La photographie est née à Paris », rappelle Anne Cartier-Bresson, directrice de l’ARCP — et nièce d’un certain photographe. « Rapidement, la Ville de Paris a passé commande à des photographes pour documenter la ville à des fins administratives — son architecture, ses habitants, les figures importantes de la vie parisienne. » Voyant qu’un tel trésor nécessitait une direction centralisée, le département des affaires culturelles de la ville crée en 1983 l’ARCP.

 Combler des vides sur un tirage chromogène. © Estelle Poulalion, 2014.

 

Aujourd’hui, les collections municipales alimentent régulièrement les expositions de la ville, et c’est là, en grande partie, qu’intervient l’équipe d’experts de l’ARCP : rassembler les notes d’état, trouver des solutions quand nécessaire, stabiliser les objets pour prévenir de futurs dommages, les préparer à une présentation publique et conseiller les commissaires sur les aspects techniques. Et quand une photographie est trop rare ou trop fragile pour être prêtée pour une exposition, le commissaire en charge peut contacter l’ARCP pour demander une copie qui sera exposée à la place.

 Arc-en-ciel sur les bords d'une planche du XIXe siècle, du à l'humidité et aux polluants.

 

Dans les bureaux de l’ARCP, nous rencontrons la restauratrice Stéphanie Ledamoisel, qui revient juste d’une bibliothèque où elle a travaillé sur place — comme c’est souvent le cas. « Nous déplaçons les objets aussi peu que possible. S’ils viennent là, ça signifie qu’ils ont vraiment besoin d’être traités ici », explique sa supérieure. « C’est comme un hôpital. Une fois que les patients sont guéris, ils rentrent chez eux, de retour dans leur collection. »

 Le schéma du traitement est stocké avec l'objet, pour que les restaurateurs puissnt vérifier l'état ou préviennent de possibles dommages.

 

Ledamoisel sort quelques exemples des planches du XIXe siècle de la collection Roger Viollet, sur lesquels elle a travaillé. Elle montre du doigt des effets d’arc-en-ciel sur les bords d’une planche, des aux polluants et à l’humidité entre la planche et le verre protecteur/ Son travail a consisté à contrer ce processus de destruction en reconstruisant la monture de façon à ce que le moins d’air possible ne passe, et isoler les planches d’éléments problématiques, comme des supports non adaptés.

 Vue au microscope des grains de couleur d'un autochrome.

 

Un peu plus loin, sa collègue Sandra Saïd travaille avec un stagiaire sur des autochromes, une photographie couleur mise au point en 1903 par les frères Lumière, restée populaire jusqu’au milieu des années 20. « Avez-vous déjà vu ça au microscope ? » demande-t-elle, ajustant la planche sous l’objectif afin de révéler un ensemble de points verts, rouges et violets, enduits sur la plaque de verre pour agir comme filtres de couleur.

 Bureau de travail du restaurateur Ragounathe Coridon.

 

Un autre restaurateur, Ragounathe Coridon, utilise un mélange d’eau et d’éthanol pour enlever ‘adhésif sur les bords d’une photo, millimètre par millimètre. Il nous montre comment il procède à l’intérieur du labo — humidifier les deux côtés en coinçant le tirage entre du buvard humide et des couches de Gore-Tex, les maintenant ensuite lorsqu’ils sèchent.

 L'équipe de l'ARCP au travail.

 

Tout est question de patience, de rigueur et de soin. Le minimalisme est ici ligne de conduite. « Nous ne faisons pas dans le camouflage », précise Ledamoisel. La plupart du temps, les vides ou les altérations sont considérés comme faisant partie de l’histoire du l’objet, et l’ARCP se concentre plutôt sur la prévention des dégradations que sur les réparations. Même avec un protocole clair, le traitement d’une œuvre sera toujours jugé au cas par cas. En montrant un coin déchiré au dos d’un daguerréotype encadré, Ledamoisel commente : « J’ai décidé ici de ne pas restaurer. C’était un choix ; quelqu’un aurait pu en faire tout à fait un autre. »

 Démonter un daguerréotype : après humidification avec une gomme gellane, une bande de papier kraft d'une restauration précédente est enlevée. © ARCP / Mairie de Paris / Constance Asseman, 2016.

 Pour restaurer une photographie déchirée, la première étape est d'enlever la poussière.

 Après recollé les morceaux déchirés, une bande de papier japonais et d'adhésif de conservation sont utilisés pour fixer. Le support est ensuite doublé et aplati.

 La photographie après restauration : Anonyme, Portail d’entrée, s.d. Tirage sur papier albuminé, Collection didactique de l’ARCP, n° inv. ARCP0704. © ARCP / Mairie de Paris / Jean-Philippe Boiteux.

 

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