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L’artiste devient il davantage une oeuvre d'art lui-même que sa propre oeuvre ?


L'obsession actuelle quasi maladive de la célébrité touche tous les milieux artistique : le narcissisme béat qui fait des "artistes", photographe et autres, leur principal, voire unique, sujet est fatigant mais n'est plus seulement récurrent mais omniprésent !

Notre société qui ne rêve que de son "quart d'heure de célébrité" si cher à Andy Warhol développe là, peut être, le summum du narcissisme artistique (quand il s'agit d'art ...) et nous fait poser cette question :

Entre provocation et narcissisme, l'artiste doit il être lui même une "oeuvre d'art" plutôt que créer et developper une oeuvre "autonome" ?

... et c'est par son corps même qu'il exprime désormais "son oeuvre" !

Pour ma part, je reste quand même dubitatif ... jugez en plutôt :

Nu pour l'art de la contestation

Auteur : Marie Fantozzi

Source : https://creators.vice.com/fr/article/ces-artistes-qui-se-foutent--poil-pour-protester

Pourquoi les artistes se foutent à poil ? Qu’essaient-ils de nous dire ? Et d’ailleurs, essaient-ils de nous dire quelque chose ?

Exhiber un nichon sur Facebook ou se promener à poil dans la rue sont autant de sujets de débats interminables où sont d’un côté brandis en étendard ces bonnes vieilles moeurs et d’un autre la sacro-sainte liberté d’expression, avec des arguments plus ou moins valables. Quand on vient à l’art, par contre, où la nudité a inspiré des artistes individus aux talents divers depuis la nuit des temps, il est encore plus difficile de faire la part des choses. Et quand ce sont les artistes qui dévoilent leur intimité, dans l’espace public qui plus est, les choses se corsent.

La nudité dans l’art est vieille comme le monde mais, aujourd’hui, celle des artistes mêmes a souvent à voir avec une forme de protestation, surtout si ça se passe dans un lieu public – rue, musée, monument, etc. Nudité = sexe et sexe = tabou = meilleur moyen de faire parler de soi ou parler tout court. Certains n’hésitent pas à tomber l’habit y avoir recours pour, au mieux, livrer une analyse sociétale, au pire, profiter de l’appétit des médias pour les fesses pour se faire une bonne publicité au nom de l’art. Mais souvent, surtout, pour taper un bon coup sur ce qui fait mal.

Dès les premiers mois de l’an 2016, plusieurs individus identifiés comme Artistes ont fait profiter l’ensemble des Terriens dotés d’un accès aux canaux d’information modernes des détails de leur anatomie. Si chacun a sa méthode et sa propre théorie sur la chose, ils utilisent tous la nudité comme le moyen le plus efficace d’attirer l’attention. Avec plus ou moins de succès, de pertinence. Le ressort de la nudité comme forme de protestation est largement éprouvé, alors que veut-il encore dire en 2016 ? Fonctionne-t-il toujours ou est-il désormais vain ?

Deborah de Robertis

Derrière les vigiles du musée d'Orsay à Paris, Deborah de Robertis tente de réaliser sa performance Olympia, devant le tableau éponyme de Manet, le 16 janvier 2016. Capture d'écran de l'auteur

S’il y en a bien une qui divise, c’est Deborah de Robertis. L’artiste luxembourgeoise, qui dit travailler sur le « point du vue » du modèle nu, a fait la une pour avoir réinterprété à échelle humaine, en mai 2014, L’Origine du monde de Gustave Courbet — c’est-à-dire en montrant son propre sexe sous le tableau exposé au musée d’Orsay. Elle a fait filmer son intervention, immédiatement freinée par les surveillants du musée. L’institution parisienne a bien tenté de réduire la performance à de l’exhibition sexuelle en attaquant en justice la jeune artiste. Ce qui n’a absolument pas calmé l’impétueuse puisqu’elle est retournée à Orsay, cette fois sous le tableau de Manet, Olympia, une caméra vissée sur un couvre-chef.

Olympia de Deborah De Robertis

De Robertis analyse dans un entretien avec l’ex-Femen Éloïse Bouton — qu’elle semble d’ailleurs profondément admirer — la problématique liée à la nudité exposée, qu’elle juge nécessaire dans son travail : « L’obsession de la nudité et le voyeurisme que cela enclenche empêche de voir le geste, qui est de renverser le point de vue du modèle nu dans le cadre de l’institution. » Marc Lenot, auteur du blog Lunettes rouges sur Lemonde.fr, tente de donner des clefs de lecture pour un travail qu’il annonce d’emblée difficile à approcher : « [il est] trop facile de s’indigner de cette indécence dans un lieu public, trop facile en somme de la regarder au lieu de l’écouter. […] » « Atteins-je ici les limites de la (de ma) critique ? » s’interrogeait-il même, laissant comprendre combien la question de la nudité était ici équivoque.

Ou Zhihang

Ou Zhihang face aux anciens locaux de Charlie Hebdo, le 20 janvier 2016, pour sa série « The Moment ».

Les raisons qui poussent Ou Zhihang à réaliser ses projets dans le plus simple appareil restent un peu floues. Il dresse un parallèle entre la quête d’une « vérité nue » et ses mises en scène photographiques où l’on voit le présentateur chinois en position de pompes devant un lieu symbolique. Cela peut être la demeure d’un officiel chinois en procès pour corruption, l’entrepôt chimique de Tianjin qui avait explosé en août 2015 ou face aux locaux de Charlie Hebdo et du Bataclan, comme il l’a fait le 20 janvier dernier. Sa série de pompes, « The Moment », a commencé en 1999 et se perfectionne depuis par la répétition d’un procesus immuable : il repère un lieu généralement lié à un scandale, effectue des recherches pour déterminer quel emplacement exact sera le plus adéquat pour sa photo. Il se rend sur place, positionne son trépied, se dévêtit et effectue une pompe. Une !

The Moment (Bataclan) de Ou Zhihang

Lorsqu’on l’interroge sur sa nudité, Zhihang avance un simple argument : « Quand tout le monde est habillé, un corps nu implique quelque chose de non-conventionnel, la critique, des questions, une lutte et une défense. » Dans son entretien avec South China Morning Post, il dit cependant aussi avoir eu l’idée du recours à la nudité lorsqu’en sortant de la douche, il aperçoit dans le miroir le reflet de son corps nu. Difficile de ne pas voir là une forme de narcissisme, brouillant de fait le message de l’artiste. À l’inverse de Deborah de Robertis, sa nudité ne semble pas poser de problèmes, c’est plus son engagement politique qui dérange. Il a déjà été appréhendé lors de ses mises en scène, « mais chaque fois ils me laissent partir quand je leur dis que je suis un artiste », ajoute Zhihang.

Milo Moiré

A Cologne, le 8 janvier 2016, Milo Moiré manifeste contre les agressions sexuelles qui ont eu lieu dans la soirée du Nouvel An à Cologne. Photo : Oliver Berg/DPA

La nudité est aussi la marque de fabrique de l’artiste suisse. Milo Moiré s’est fait remarquer en 2013, lorsqu’elle prend le tram à Düsseldorf dans le plus simple appareil, avec les noms des vêtements qu’elle devrait supposément porter, inscrits à la peinture noire sur les parties de son corps correspondantes (The Script System, 2013). Elle réitère selon le même procédé en 2014, " target="_blank">en tentant de se rendre à la foire Art Basel, dont elle se fait gentiment refouler. Puisque dévoiler son plastique ne semble pas la freiner, elle en fait la marque de fabrique de toutes ses performances : The Split Brain (2013), où elle danse dans la neige ; PlopEgg #1 (2014), performance réalisée en face de la foire de Cologne, où elle éjecte des oeufs remplis de peinture de son vagin ; The Naked Life (2015), où elle déambule dans un musée, un bébé dans les bras ; Naked Selfies (2015), où elle propose de poser avec des passants pour des selfies sur la place du Trocadéro à Paris — où elle s’est fait arrêter. Elle a d’ailleurs ensuite déclaré : « Ils peuvent emprisonner mon corps mais mon esprit restera toujours libre. La liberté est le plus grand bien de notre société. » De bien belles paroles en somme.

The Plopegg painting performance#1 @Art Cologne - "A Birth of a Picture" (2014) de Milo Moiré

Si Moiré veut « établir un point de contact entre le réel et la révélation numérique de l’intimité » — comme elle l’explique à propos de Naked Selfies —, le journaliste du Guardian Jonathan Jones estime quant à lui, prenant appui sur le cas Moiré, que « l’art de la performance est une blague » : « C’est absurde, gratuit, rebattu et désespéré. Tout sauf de l’art, cela pourrait être vu comme une satire de la vacuité de la culture moderne. » Sa dernière intervention : une manifestation à Cologne, le 8 janvier dernier, au cours de laquelle elle brandissait une pancarte « Respectez-nous ! Nous ne sommes pas du gibier !!! », en réaction aux agressions sexuelles du Nouvel An.

Lisa Levy

Lisa Levy a posé nue sur des toilettes les 30 et 31 janvier 2016, à la Christopher Stout Gallery, New York. Photo de l'artiste

Si Marina Abramovic est inscrite au firmament des plus grands-es artistes du XXe siècle, et qu’elle fait également partie du cercle des performeurs-ses qu’on a vu en tenue d’Ève, elle a perdu une de ses fans avec sa célèbre performance au MoMA en 2010, au cours de laquelle elle a passé 700 heures assise sur une chaise face au public qui pouvait également prendre place face à elle. Certains y voient du pur génie, d’autres, comme Lisa Levy, crient au foutage de gueule. Inconnue au bataillon, Levy, artiste, comédienne, psychothérapeute autodidacte, opte donc pour la parodie et reproduit la performance d’Abramovic, sious le titre The Artist Is Humbly Present. Si c’était le jeu des 7 différences, vous pourriez remarquer que l’artiste n’est pas assise sur une chaise, mais sur des toilettes, que sa performance ne dure que 10h mais surtout — détail non-négligeable — qu’elle est totalement nue.

Marina Abramovic on The Artist Is Present (2010) de Marina Abramovic Institute

Pourquoi parodier une performance d’il y a six ans ? On ne sait pas ce qui a exactement fait déborder le vase mais après avoir vu une énième expo de merde, elle a partagé son idée avec Christopher Stout, le propriétaire de la galerie dans laquelle elle a pris place pour un week-end, en janvier dernier, qui était alors tout à fait enthousiaste. « Nous choisissons des oeuvres qui sont subversives ou difficiles — et celle de Lisa en fait certainement parti. Ce n’est pas censé être confortable », raconte-il au New York Post. « L’idée est de recréer cette expérience — excepté que je suis dans un état complètement vulnérable au lieu d’une expérience élevée », raconte Levy au New York Daily News. Le monde de l’art serait trop lié au statut, à l’argent et à l’apparence physique. « Nous sommes ridiculement complexés par la nudité », précise-t-elle quant à son choix de la nudité.

Loin de moi l’idée de taper sur tout recours à la nudité pour délivrer un message de contestation, de protestation, de revendication. Être nu devrait finalement être naturel — les musées sont remplis de nus, pourquoi sommes-nous si choqués lorsqu’il s’agit de véritables fesses, de tétons, de sexes qui se déploient sous nos yeux ? Alors bien sûr, nous ne vivons pas dans un camp naturiste géant et je ne rêve pas de voir tous mes concitoyens dans leur plus simple appareil mais dans le champ de l’art, force est de constater que la force de subversion des corps nus d’Oleg Kulik, de Marina Abramovic et Ulay ou de Piotr Pavlenski semble déjà bien loin. Le nu dans l’espace public n’est pas, sinon un geste purement esthétique, dénué de portée politique. Il force le regard, attire l’attention par et pour son caractère visuel et peut autant diluer le message qu’il peut lui donner toute sa force. À la nudité exhibée, pour des raisons plus ou moins bonnes, de Milo Moiré et Ou Zhihang répond la provocation de Deborah de Robertis ou Lisa Levy, qui nous met face à nos complexes et à nos contradictions. Et rappelle que la question de l’apparence est toujours aussi biaisée.

Et lorsque l'artiste ne devient pas physiquement son propre sujet, nombreux sont ceux qui n'hésitent pas à s'intégrer eux-même dans des oeuvres pour en devenir une part intégrante ... ou, si l'on avait un peu plus "mauvais esprit", pour les parasiter au sens étymologique du terme !

Exactement à l'image de ce que la photographe mexicaine Carol Espíndola

extrait de : Photographer Inserts Her Own Nude Self-Portraiture into Classical Paintings

Auteur : Sami Emory

Source : https://creators.vice.com/en_uk/article/artist-celebrates-the-feminine-body-by-inserting-nude-self-portraits-into-classical-paintings

La photographe a rassemblé les représentations de la forme féminine partout dans l'histoire d'art, de la Naissance de Vénus par Botticelli à Phryne avant l'Areopagus par Jean-Léon Gérôme et a inséré son propre corps dans la scène...

Au lieu d'imiter les poses de sujets d'origine, elle apporte ses propres interprétations physiques aux peintures.

L'engagement le plus ambitieux du photographe dans cette série est le triptyque de Jérôme Bosch le Jardin de Plaisirs Terrestres.

Dans "son" triptyque, elle enlève beaucoup de sujets peints et se greffe dans le rôle d'Eve - Sans, ajoute-t-elle, assumant la culpabilité de péché originel. "

[Cela] est une de mes peintures préférées, "explique-t-elle," car le tableau réunit beaucoup de sujets de femmes et la beauté avec lesquels je le travaille, comme la représentation d'Eve, les femmes de couleur et leur représentation dans l'histoire d'art, l'autoportrait de l'auteur ... pour nommer quelques-uns. "...

Alors effectivement, cette question me "taraude" : la "matière" de l'art n'est elle devenue aujourd'hui que le corps de l'artiste, dans son sens le plus physique (et dénudé ?) au détriment de ce que l'on considérait l'oeuvre jusqu'alors ?


© 202 Marc MERCIER PHOTOGRAPHY