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Les gens sont plus importants que les photos !


Ne l'oublions jamais !

Auteur : B. Davis Zarley

Source : http://thecreatorsproject.vice.com/fr/blog/photojournalist-more-interested-in-people-than-pictures?utm_source=tcpfbfr

Shirley Romero Otero : “Quand nous avons entendu parler de cette lutte, nous avons suivi nos cœurs, car après avoir perdu nos terres, on doit se battre pour l’eau.” La communauté de San Luis, dans le Colorado, lutte pour avoir accès à l’eau. Toutes les photos et les légendes sont d’Alyssa Schukar.

Il est facile d’oublier les personnes derrière les histoires dont parlent les médias, et a fortiori les photos que l’on voit passer par milliers sur les réseaux sociaux. Et c’est bien ce qui travaille Alyssa Schukar, photojournaliste américaine basée à Chicago. Celle qui a notamment été publiée dans The New York Times Magazine, The Wall Street Journal, Rolling Stone ou Newsweek, a a cœur de contextualiser avant tout son travail — plutôt que de capturer seulement un instant.

« J’approche tout le monde avec empathie et respect pour faire un portrait digne d’eux », dit Schukar à The Creators Project. « Je ne suis pas une photographe d’actu chaude, car je ne veux pas seulement prendre des images, je veux les faire dans un effort collaboratif avec la personne que je photographie. » Pour ce faire, elle réalise des portraits traditionnels et s’immerge en profondeur dans les sujets qu’elle traite. « Il y a construction d’une relation et de rapports sur place avant que je ne commence à photographier », dit-elle.

Taylor Collins, 11 ans, tient sa petite sœur de 5 ans, Chloie, devant un camion de glaces pour qu’elle choisisse sa glace tandis que leur sœur Gianna, 6 ans, les regarde. Marktown, un quartier de l’est de Chicago, est entouré d’aciéries et d’une raffinerie de British Petroleum, que l’on voit au fond.

Quand Schukar a été dépêchée pour couvrir les manifestations contre le projet de pipeline dans le Nord Dakota pour le New York Times Magazine, elle a envoyée pour photographier la visite de la candidate du Parti vert Jill Stein. Mais elle savait que les enjeux résidaient bien au-delà. « J’ai voulu, en particulier pour le projet de pipeline au Dakota, être capable de donner la parole aux manifestants par l’image, car c’est une situation véritablement politique », précise Schukar. « Ça a été un monde très difficile à pénétrer. »

Plutôt que de photographier et rassembler ensuite les noms et les informations, Schukar a passé du temps avec les manifestants, en apprenant sur eux et sur leurs motivations ici. Ces informations ont nourri ses images, des images de personnes plutôt que des images de la construction de la pipeline et des manifestations. « Je m’intéresse bien plus aux gens qu’à la photographie elle-même », ajoute-t-elle.

Susan Leopold, de la tribu Patawomecks, en Virginie, regarde le soleil se lever sur le campement des manifestants contre le projet de pipeline. Une arche de drapeaux flotte dans le vent du Nord Dakota. Chacun d’entre eux représente l’une des 300 tribus des Amérindiens qui se sont déplacées jusqu’ici pour ce que certains appellent la plus grande et la plus mélangée action tribale du siècle, depuis Little Bighorn sans doute.

Schukar s’appuie sur son expérience au sein de sa première rédaction, Omaha World-Herald, au Nebraska dont elle est originaire, pour créer des connexions avec toutes sortes de gens et de situations. Elle pouvait alors s’adresser un jour à de citadins, puis le lendemain à des ruraux. Elle travaille depuis deux ans en indépendante et s’attache principalement à la façon dont l’environnement façonne — au sens propre comme au sens figuré — les humains. « Le travail que j’aime faire par-dessous tout, c’est quand je peux vraiment passer du temps avec les gens et m’immerger dans leur monde », conclut Schukar.

Vous pouvez voir un aperçu de son travail ci-dessous.

Jerryon “Mank” Stevens, 15 ans, regarde en direction des sirènes et des gyrophares de police, alors qu’il se trouve avec sa famille devant la maison de son arrière-grand-mère, à West Humboldt Park, à Chicago, le 12 avril 2016. Un groupe de manifestants s’est rassemblé pour protester contre la mort par la police de Pierre Loury, 16 ans, que Stevens connaissait par un ami.

Un vétéran des Marines blessé à Falloujah, en Irak, espère une issue non-violente au conflit autour du Dakota Access Pipeline. “Nous arrêterons la pipeline, et nous le ferons pacifiquement.”

Joseph et Kinehsche’ Marshall, de la tribu Hop Valley, en Californie du nord : “Je lui dis depuis qu’elle est petite que c’est elle qui raconte l’histoire”, dit Marshall à propos de Kinehsche’, sa fille de 9 ans. “Quand nous serons tous partis, elle sera celle qui raconte l’histoire. Donc, dès que j’ai su ce qui se passait, c’était important que je lui dise ‘Kinehsche’’, tu viens avec moi’”.

À un mile et demi de Marktown, Happy Jack Liquors, à Whiting, est l’un des rares magasins du coin.

Un tractopelle, après avoir démoli une maison venue à la BP, qui détient la raffinerie à l’arrière-plan.


© 2020 Marc Mercier Photography