Rechercher

Choqués par le corps et obsédés par le voyeurisme et le sexe ...


Nous vivons une époque étrange dans laquelle la société et tous les gens sont choqués par le corps, la nudité - fut elle dans sa forme la moins sexuée et la plus innocente -, mais dans laquelle le goût du voyeurisme et de la représentation de la sexualité n'a jamais autant fasciné et fait vendre ...

Le photographe faisant des "nus classiques" est regardé bien souvent par la plupart de nos contemporains comme suspect, sinon pervers mais ceux qui "documentent" la sexualité, pornographie ou voyeurisme sont considérés comme des artistes ou témoins nécessaires de notre société par l'intelligentsia de l'art !

Étrange paradoxe ...

Portées par les réseaux sociaux et les nouvelles pratiques sociétales ont voit s'instaurer une pratique "privée" du voyeurisme que l'on partage en groupe proche de la fascination, au sens étymologique du terme ...

Marco Onofri s'est largement inspiré de cet état de fait pour sa série, très révélatrice "Followers" (voir plus bas)""

En même temps la réalité va beaucoup plus loin Avec Sophie Ebrard qui a photographié 4 ans durant les coulisses - drôles et presque surréaliste, il est vrai - de l'industrie du film porno et plus encore avec Laurent Benaim qui depuis 20 ans "documente" les sexualités humaines !

Il n'y là aucun jugement de valeur ou moral ... mais reconnaissez qu'on vit là un étrange paradoxe !

Hey, vous, les gros pervers d’Internet

Auteur : Beckett Mufson

Source : http://thecreatorsproject.vice.com/fr/blog/nude-photos-anonymous-internet-consumers?utm_source=tcpfbfr

Vous n’avez jamais imaginé vous retrouver dans l’intimité des personnes que vous suivez sur Instagram ? Cette familiarité, procurée par le suivi régulier, parfois quotidien, de toute leur activité réelle et virtuelle, ne vous a jamais donné des idées ? Est-ce que c’est tordu ? Flippant ? Sans doute, ouais. Bienvenue dans le XXIe siècle et l’avènement de la consommation de contenus des réseaux sociaux.

Le photographe italien Marco Onofri incruste ces « consommateurs de contenu » dans une série de scènes de nu : les « voyeurs » d’Internet matent les personnalités suivies IRL. Le résultat est assez troublant, d’une beauté dérangeante. Il a intitulé sa série « Followers » car le véritable sujet de ses mises en scène est finalement moins la mise à nu de ses modèles que l’attention pernicieuse du « public » de ses clichés.

Onofri a eu recours à une méthode de casting inhabituelle pour Followers. Il a recruté ses « consommateurs » en ligne, leur demandant de venir avec la tenue qu’ils portaient au moment où ils ont accepté l’offre. Du coup, les personnages ont l’air très naturel, avec une grande diversité de genre, âge, origine et style. Il a donné pour consigne à ses modèles de reproduire la dernière pose qu’ils•elles ont posté sur les réseaux sociaux. Sa série illustre finalement ce que la consommation de contenus virtuels donnerait dans la vraie vie — regarder, mais rien de plus.

C’est l’une de ses interactions en ligne qui a donné à Onofri l’idée de Followers. Après avoir posté une jolie photo de nu de sa copine sur Tumblr, il a réalisé qu’elle atterrissait sur « tout un tas de pages vulgaires axées sur l’objectification », comme il le décrit. « J’étais choqué et ennuyé que ces pages partagent des photos intimes à une fanbase inconnue très probablement intéressée par lubricité. Finalement, j’ai effacé la photo et il m’est resté une sensation amère », raconte-t-il à The Creators Project. Followers est une tentative d’interpeller les consommateurs « armés de likes et de commentaires » et « protégés par l’anonymat » qui sont « capables de dévoiler leurs désirs les plus obscènes sans risque de tabou ».

Pour réaliser cette série, il est devenu évident pour Onofri que le « contenu » soit représenté par des personnes nues. « La nudité reflète l’honnêteté souvent véhiculée par les réseaux sociaux. les modèles s’exposant au jugement de followers anonymes avaient besoin d’une juxtaposition pour montrer l’intimité et le voyeurisme. »

Le défi était de faire transparaître des émotions chez ses figurants tout en les faisons se sentir à l’aise. « Les modèles étaient à l’aise avec la nudité mais les followers n’étaient pas habitués à ce genre de situation », dit encore Onofri. « Le résultat était plutôt de la gêne chez les followers que chez les modèles. » Ils suaient, rougissaient et lançaient des blagues pour détendre l’atmosphère mais la gêne est évidente sur les clichés.

Pourtant, des gestes spontanés sont venus enrichir l’expérience et ont surpris Onofri. « Un jeune garçon a demandé une des modèles en mariage. Une femme a commencé à donner le sein en signe de solidarité. Ces moments étaient comme une récompense pour moi. Comme eux, je suis un follower aussi. »

Sophie Ebrard a passé quatre ans à photographier l'envers du décor des films porno

Auteur : Leander Roet

Source : http://thecreatorsproject.vice.com/fr/blog/sophie-ebrard-took-four-years-of-pictures-behind-the-scenes-of-porn-shoots

Satan’s Whores. Young Harlots. Anal Debauchery II. Quand on déroule la filmographie de Gazzman – réalisateur de films X de son état – on est loin de se douter que ses tournages se font dans une atmosphère cosy et décontractée. Mais c'est pourtant exactement ce que nous montre la série photo It’s Just Love, dernier projet en date de la photographe Sophie Ebrard. Durant ces quatre dernières années, Sophie a suivi le réalisateur autour du monde à la recherche de beauté et d'amour dans une industrie dont on ne sait rien.

Dans le cadre du UNSEEN Festival, It’s Just Love a été exposé dans la maison de l'artiste à Amsterdam où elle vit. Du coup, on en a profité pour discuter avec elle de libertinage, double pénétration et de tous ces endroits étranges où se cachent l'amour et la beauté.

The Creators Project: Comment tu en es venue à faire ce projet ?

Sophie Ebrard: Il y a quatre ans, je suis allé à une soirée libertine en espérant trouver un sujet pour une série de photo où mes modèles seraient nus. C'était la première fois que j'allais dans ce genre de soirée et aussi la première fois que je voyais des gens faire l'amour sous mes yeux. J'ai été vraiment surpris d'à quel point c'était beau à regarder. Ça m'a ouvert les yeux, je me suis dis : "wow, c'est incroyable, c'est sublime." J'ai tout de suite voulu prendre en photo ce qu'il se passait devant moi. Et comme par magie, ce soir là, j'ai rencontré Gazzman, un réalisateur de films X anglais. Il m'a invité à prendre des photos sur un de ces tournages deux semaines plus tard.

Alors, c'était comment cette première fois sur une tournage de boulard ?

J'ai eu de la chance que ce soit avec Gazzman, il fait des films classy. Les décors sont très beaux et les filles aussi. Mais de mon coté, je n'avais pas fait de recherches particulières et jamais vu un porno en entier. J'avais, comme tout le monde regardé des clips sur YouPorn, mais c'est tout. J'ai du prendre l'habitude de voir des gens faire l'amour juste en face de moi et puis surtout apprendre le langage de ce milieu qui est rempli d'abbreviations. Le premier jour, un mec est venu vers moi et m'a dit "T'as de la chance, demain on va avoir une DP." Je me suis dit, "Ça doit surement être une Directrice de la Photographie." Ça m'a pris un moment avec de comprendre.

Le but de ta série est d'humaniser les acteurs porno et l'industrie qu'il y a autour. Pourquoi tu penses que c'est important comme démarche aujourd'hui ?

Ce qui m'a vraiment marqué c'est à quel point les gens de ce milieux sont normaux. Ils font simplement leur boulot. La plupart des gens ont un opinion assez dur sur le monde du porno, que c'est de l'esclavage moderne par exemple, mais les filles et les garçons que j'ai rencontré, c'était pour eux juste un job comme un autre. Ils sont content de le faire. La pornographie est un des marchés les plus important et les plus rentables au monde aujourd'hui, et pourtant les gens qui y travaillent sont toujours sujet à une sorte de tabou. Je voulais mettre en lumière une partie de ce monde, montrer des moments intimes qui laisse voir comment fonctionne réellement un plateau de film X.

Je tiens véritablement à éviter un sempiternel débat qui chercherait à savoir si les films de cul sont une bonne ou une mauvaise chose. Je ne veux pas non plus avoir le rôle de celle qui dit que tout est bon dans le porno. Mon message est celui de mon expérience sur les tournages d'un seul réalisateur. D'après ce que je peux dire, c'est pas aussi horrible que ce qu'on peut entendre. Quand c'est fait dans de bonnes conditions avec des professionnels, c'est même plutôt beau. Sur un tournage se forme une sorte de petit communauté – on mange ensemble, on partage une chambre, on devient potes. C'est ça que je veux montrer dans mes photos : l'idée que même un milieu comme le X, lorsqu'il est fait entre pro, peut être authentiquement beau.

Est ce que le porno reste excitant lorsqu'on y assiste en live ?

Ça l'est lorsque les acteurs y prennent du plaisir. J'ai vu des scènes où il était évident qu'il n'y avait pas d'atomes crochus entre les acteurs. Dans ces cas là, tout semble sec et mécanique. On se rend un peu compte qu'ils font ça simplement parce que c'est leur boulot. Mais j'ai aussi été témoin d'une scène complètement folle. C'était à Barcelone et il était évident que les trois acteurs prenaient leur pied. Quand tout fut terminé, le film et les photos, on a du leur dire : "C'est bon les gars, vous pouvez arrêtez maintenant."

Pourquoi avoir choisi d'exposer dans ta maison ?

On regarde du porno chez soi, la plupart du temps. Ça me paraissait donc normal de montrer ces photos dans ce cadre. Je voulais que les gens se sentent à l'aise en découvrant cette série. C'est beaucoup plus dur d'arriver à ça dans une galerie toute blanche. De plus, du début à la fin, j'ai toujours eu avec ce projet l'impression d'être un voyeur, c'était donc normal que je rende la pareille.

La France libertine vue de l’intérieur

Auteur : François Rossi

Source : http://www.vice.com/fr/read/la-france-libertine-vue-de-l-interieur?utm_source=vicefrf

Au centre du salon de Laurent Benaim est suspendu l'un de ses clichés les plus récents. Celui-ci montre une femme, Berlinoise, le dernier modèle fétiche en date du photographe. Elle a les cuisses sanglées et un écarteur médical enfoncé dans le vagin. D'autres grandes feuilles de papier Canson trempent et sèchent dans un coin de la pièce, suivant le processus de traitement nécessaire au tirage à la gomme arabique. Laurent Benaim est un grand gars un peu impressionnant, au regard doux. Il m'accueille avec un jus d'orange et commence à parler de photo avant même que mon dictaphone ne soit allumé.

Cela fait plus de 20 ans que Laurent Benaim documente les sexualités humaines. Il les met en scène, les déconstruit, les tourne en dérision, les sublime. Le résultat est contenu dans une multitude de clichés monochromes aux teintes métalliques, surréels, pervers et naïfs. On y retrouve des gens seuls, des couples, des orgies baroques célébrant l'utilisation du corps humain à des fins ludiques et obscènes.

Le public de Laurent Benaim est issu des milieux dits alternatifs. Il s'agit souvent de « ringards », fatigués par l'exhibition sociale des soirées BDSM et fetish parisiennes. Ceux qui aiment le cul guilleret et décadent. Et pour ce public hétéroclite, Laurent a participé à la publication de trois recueils ainsi qu'à une bonne dizaine d'expositions dont il a souvent évité les vernissages, pour leur « préférer le calme des jours suivants ». Pour parler de son projet en revanche, il n'est pas timide.

VICE : Comment as-tu débuté tes travaux autour de la scène libertine ?

Laurent Banaim : À l'origine, je photographiais principalement des gens seuls, des amis. Puis un jour, au tout début des sites de cul échangistes sur le Net, j'ai laissé une annonce traîner. Je m'y présentais comme photographe. Un couple m'a contacté pour faire des photos, et la séance m'a tellement éclaté, j'ai trouvé ça tellement plus intéressant d'avoir deux corps, deux volumes, deux intensités, que je me suis dit : « Qu'est-ce que je me fais chier avec une personne seule. Il faut que je photographie du cul ! »

Comment se déroule une séance, généralement ?

La séance idéale commence par un coup à boire. Les gens viennent en couple, et on discute. Ils me disent par exemple : « Nous, ce qu'on aime bien, c'est se pisser dessus, nous enfoncer des clous, etc. ». Ils me parlent de leurs envies, de leur quotidien sexuel. Entendre ça, c'est jubilatoire. Rien que ça, c'est super-kiffant, j'adore que les gens se dévoilent. À la suite de quoi on réfléchit, on contextualise, on met en scène – on trouve les scénarios ensemble.

Ces derniers temps en revanche, je lèche de plus en plus ma mise en scène pour obtenir un résultat qui m'intéresse, moi. J'aime prendre les codes du BDSM, du libertinage, et les détourner pour en faire quelque chose de drôle, d'absurde.

Pourquoi te sers-tu de ce processus de tirage à la gomme arabique ?

Eh bien, parce que je n'aime pas la photo. Le procédé photographique, son côté réel ne m'intéresse pas. J'ai toujours essayé de péter le négatif. J'aime le rayer, le mettre dans du sel, au congélateur, j'aime le couvrir de produits chimiques, de javel, de l'enterrer dans des pots de fleurs pour que les racines poussent dans la gélatine. Du coup, quand je suis tombé sur un bouquin de 1850 qui parlait de ladite gomme, c'est devenu mon livre de chevet. J'ai tout de suite essayé. J'ai commencé par des portraits anthropologiques lors de mon service en Afrique, avant de passer au reste. Le but n'est jamais d'altérer la patate érotique du cliché – juste de l'habiller.

J'ai remarqué qu'on voyait assez peu d'homosexualité masculine dans tes travaux.

Exact. C'est vrai que je n'en ai pas fait des masses. J'avais fait des photos magnifiques avec un pote danseur d'opéra, puis une partouze gay durant laquelle j'avais laissé faire les choses, sans interrompre. C'était sympa, mais je n'ai pas trouvé d'angle pour le traiter. Au final, ça s'est résumé à des couples qui ne s'entendaient pas sur ce qu'ils voulaient faire, ou des partenaires jaloux. C'est marrant, parce que le cliché veut que les gays soient toujours chauds, toujours dans le délire, mais c'est souvent resté très classique.

C'est peut-être moi qui ne sais pas le traiter, notamment parce que ce n'est pas ma sexualité... Mais d'un autre côté, les gens qui s'attachent au plafond avec des crochets, ce n'est pas mon truc non plus – et je gère bien, pourtant. Je crois que c'est surtout une question de réseaux. Peut-être que c'est tout ce que je ferai cette année, des mecs. Ça me ferait plaisir.

Donc ta sexualité n'apparaît pas dans tes boulots.

Pas dans mes photos, non. Pas du tout. Peut-être dans mes façons de cadrer, sur les parties du corps qui me parlent le plus, les jambes, les pieds, etc. Mais je ne parle jamais de mes fantasmes dans mon projet.

La première fois qu'on m'a dit « Tiens, je vais fister ma partenaire », j'étais scotché. Je pensais que ça allait être dégueulasse. Et puis quand je l'ai vu, j'ai trouvé ça d'une beauté incroyable.

En vingt ans de boulot, j'imagine que tu as dû apprendre des choses intéressantes sur la vie sexuelle des Français ?

Beaucoup ! Quand j'ai commencé à bosser là-dessus, je ne connaissais rien au milieu libertin. Pour moi, ces gens étaient des OVNIS. La première fois qu'on m'a dit « Tiens, je vais fister ma partenaire », j'étais scotché. Je pensais que ça allait être dégueulasse. Et puis quand je l'ai vu, j'ai trouvé ça d'une beauté incroyable. J'étais réellement surpris. À l'origine, je n'étais pas de ce milieu, du tout, et c'est à travers mon boulot que j'ai découvert tout ça.

As-tu retenu certains moments plus étranges, étonnants que d'autres ?

Je ne compte plus les moments incroyables, magiques. L'un d'entre eux m'a particulièrement marqué, mais je n'en ai pris que des photos inutilisables. Une femme m'a appelé pour me dire qu'elle voulait « marquer son mec ». Au fer rouge. Et que cela soit photographié. Ça m'a coupé le souffle. J'étais vert de peur, mais j'ai accepté. On était trois dans le studio à observer la scène : une amie de passage, un pote cameraman journaliste de guerre, et moi. Le type s'est pris une centaine de coups de fouet avant de se faire marquer le cul au fer, ce qui n'est pas de la tarte. Lorsqu'elle l'a détaché, ils sont tombés dans les bras l'un de l'autre, et ont pleuré en se vouant un amour éternel, absolu. On était comme dans un mariage à l'échange des vœux, c'était une émotion folle. C'était de l'amour brut. On a tous chialé comme des gosses.

Est-ce que tu poses une limite à ce que tu as le droit de photographier ?

Ouais. La limite que les gens posent eux-mêmes lorsqu'ils ne sont pas d'accord.

Le consentement de base, donc.

Oui, et c'est parfois compliqué, d'où l'intérêt des réunions avant le shooting. Un ami m'a une fois ramené un couple pour une partie à trois, et l'un des partenaires était complètement sous l'emprise de l'autre. On parle beaucoup de pervers narcissiques, mais je suis tombé, je crois, sur un vrai de vrai cette fois-ci. Lobotomisation en règle. Le consentement était mou, pas enthousiaste, soumis... Ce n'était pas acceptable. J'arrête là généralement, je ne peux pas travailler comme ça. Il faut de l'appétit, que ça vibre. C'est tout.

Quels sont tes projets futurs ?

Je vais me balader un peu. M'installer à gauche à droite pendant quelques mois, à commencer par Liège, en Belgique, histoire de photographier de nouvelles têtes. Je me suis déniché un vieux local un peu vétuste à squatter comme un adolescent. Ça va être bien.


© 2020 Marc Mercier Photography