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Que vont devenir les petites écoles d'art ?


Cette année l'école d'art de Perpignan n'a pas fait sa rentrée. Comme elle, de nombreux établissements sont menacés de coupes drastiques, victimes de la décentralisation et de municipalités qui tranchent dans les budgets culturels.

Auteur : Lucille Commeaux

Source : http://www.franceculture.fr/emissions/le-petit-salon/que-vont-devenir-les-petites-ecoles-dart

étudiants dans l'Ecole des Beaux-Arts à Paris • Crédits : Simon Guillemin / Hans Lucas - AFP

J’étais à Avignon pendant une semaine entière, je suis passée par la fondation Lambert, qui est un des lieux emblématiques du festival, il y avait cette année par exemple une exposition consacrée au travail d’Amos Gitaï, et je n’ai pas su que ce lieu était il y a encore quelques années l’Ecole Supérieure d’art d’Avignon, école qui a dû déménager à vingt minutes en bus du centre-ville, ce qui est le symptôme géographique d’une brutale mise à l’écart par la municipalité.

Les écoles d’art françaises sont dans la tourmente, l’école de Perpignan est la première à tomber, puisqu'elle a tout simplement fermé le 30 juin dernier, après avoir fermé des classes les unes après les autres, au grand regret des étudiants et de son directeur qui regrettait que la mairie ne fasse que peu de cas de son école une école qui avait ouvert ses portes en 1817. Ce qui est à craindre c’est que Perpignan ne soit pas une exception, et que tout le réseau des petites écoles d’art qui émaillent le territoire soit menacé. La précarisation a plusieurs causes, mais elle tient en premier lieu à un changement de statut qui s’est mis en place entre 2005 et 2010, les écoles sont devenues des établissements publics de coopération culturelle, et sont donc passées sous la tutelle principale des mairies. Mairies dont les dotations de l’Etat baissent, et qui ne sont pas toujours enclines à préserver les lieux culturels de leurs municipalités… A Avignon, les budgets ont baissé de 8% en 2015 et à nouveau de 8% en 2016. Un professeur de restauration a démissionné après que son salaire a été baissé de moitié pour la même charge de cours, or Avignon était la seule école publique qui proposait une formation en restauration d’oeuvres contemporaines. Le concours d’entrée a été supprimé, l’école d’Avignon meurt à petit feu. Et elle n’est pas la seule, Angoulême, qui pourtant est une grande ville de culture, le festival du film francophone vient de s’achever avec force publicité, ne cache pas ses intentions de supprimer toutes ses dotations à l’école européenne supérieure de l’image dans un contexte extrêmement tendu entre la municipalité et la direction.

Caen-Cherbourg, Tourcoing, Chalon sur Saône sont directement menacées ou dans un état de grande précarité. Evidemment la réforme ne concerne pas les écoles qui dépendent directement du ministère de la culture, à savoir les Beaux Arts de Paris, Arles, ou encore Nice. Ce qui crée vraiment un système à deux vitesses, et entérine violemment la différence de statut entre les grandes écoles entre guillemets et les petites écoles de province, les bacheliers qui vivent en province et qui ne peuvent se permettre de “monter à Paris” ne choisiront probablement plus ce type de filière, alors même que le maître mot de la réforme était “décentralisation”...Tout cela est très politique, et va l’être de plus en plus à mesure que vont approcher les élections présidentielles de l’année prochaine: les maires veulent montrer à l’Etat que l’enseignement supérieur n’est pas de leur domaine. Et les personnels des écoles d’art essaient eux de rattacher leur travail et leur recherche au monde de l’art et non pas au monde des universités; C’est une stratégie de survie mais aussi au delà une manière de réinterroger l’essence même de l’enseignement artistique et sa spécificité.


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