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PJ Harvey vient de passer 4 ans de photojournalisme entre le Kosovo, l’Afghanistan et Washington DC


Auteur : Théophile Pillault

Source : http://thecreatorsproject.vice.com/fr/blog/pj-harvey-vient-de-passer-4-ans-de-photojournalisme-entre-le-kosovo-lafghanistan-et-washington-dc

Si vous avez des enfants, de petits frères et sœurs ou tout simplement moins de 25 ans, vous le savez désormais : les industries créatives sont en train réussir leur plus effroyable tour de force. À savoir faire croire à ces jeunes gens qu’ils deviendront tous un jour designers, stars de YouTube, pokeristes pro ou street-artistes.

La désormais écrasante domination du “statut” sur l'honnêteté du travail bien fait est en marche. La conjuration est puissante et certains bénéficient d’attentions particulières.

Regardez ce pauvre type par exemple:

Pour le persuader qu’il est photographe, comptez au minimum près de la moitié du staff de Lagardère Active ainsi que quelques agents infiltrés de la Mairie de Paris. Heureusement pour le bien des finances publiques, l’achat d’un Fujifilm X100 suffit généralement à motiver le gros des troupes.

Mais pour la démotivation, repassez dans quelques années.

En France devenir écrivain, réalisateur ou graphiste intéresse beaucoup moins que la photographie. Discipline qui attire chaque année un nombre croissant de wannabees. Des apprentis portraitistes et néo-reporters de guerre qui se pressent – sans cesse plus nombreux –, aux portes des festivals de photos, galeries ou lectures de portfolio.

Et nagent dans des niveaux de frustration et de ressentiments interdits.

Tout le monde s’y met : votre beauf, Vincent Pérez,

Étienne Daho

et même lui.

Oui, les sorties de zones créatives s’apparentent trop souvent à de mauvaises sorties de routes.

Aussi, lorsque Sam Stourdzé, commissaire d'exposition et directeur des Rencontres d'Arles annonçait qu’il invitait PJ Harvey pour un projet de photojournalisme à l’occasion de l’édition 2016, j’ai plus pensé au syndrome Mélanie Laurent qu’à Ed Templeton. À tort puisqu'entre 2011 et 2014, PJ Harvey a voyagé aux côtés du reporter de guerre Seamus Murphy entre le Kosovo, l’Afghanistan et Washington DC.

PJ Harvey et Seamus Murphy © Seamus Murphy

Murphy – sept Prix World Press Photo au compteur – a shooté. Polly Jean a écrit. Pour la première fois pour le compte d’un photographe. Ensembles, ils ont zoné sur les cendres du chaos, au milieu de paysages et de gamins paumés. Le résidu de leurs voyages s’intitule The Hollow of the Hand. Il s’agit d’un reportage d’auteurs au long cours, sombre et radical. Un agencement d’images en ruine et de textes charbonnés à l’instinct. “Chiens errants, pluie de sable sur les enfants, sentinelles sur les toits” pour accompagner les images de Murphy, PJ Harvey s’est emparée d’un langage crispé, pudique et intime, aux limites de l’abstraction. “Pour établir mon process d’écriture, je ne me voyais pas collecter des informations de second plan, auprès de sources indirectes”, confie la songwriteuse. “Je voulais humer l’air, sentir le sol sous mes pas et me confronter de plein fouet à la réalité des habitants des pays fascinants que nous avons croisés. Guidés par une seule ligne, celle tracé par nos instincts.”

Kosovo © Seamus Murphy / Bloomsbury Circus

“Polly est une écrivain qui aime les images” explique Seamus Murphy. “Et je suis un photographe qui aime les mots. Notre relation créative a commencé il y a quelques années alors que PJ m’avait sollicité pour prendre des clichés et des vidéos pour son album Let England Shake. L’aventure ne s’est jamais arrêtée depuis. Elle nous amenait jusque dans les villages kosovars vidés par la guerre ou au cœur de l’Afghanistan, plongé dans un état de conflit permanent.”

PJ Harvey, cet été sur la scène du Théâtre Antique à Arles, en pleine lecture de The Hollow of the Hand © Julio Perestrelo

“L’idée était d’aller mais aussi de revenir” commente PJ Harvey. “Après avoir marché sur toutes ces zones dévastées de près ou de loin par les politiques engagées par le gouvernement américain, l’envie de questionner les États-Unis nous a ramenés dans sa capitale. Là, dans le ventre de la ville, nous avons scruté les lieux symboliques du pouvoir et, à l’inverse, le quart-monde d’une société fracturée.”

Le résultat est intense et très réussi. Il est présenté aux Rencontres d’Arles jusqu’au 25 septembre, au sein de l'Église Saint-Blaise.

L’ouvrage The Hollow of the Hand est, quant à lui, disponible pour la vie aux excellentes éditions Bloomsbury Publishing.


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