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Parfois c'est ça aussi le boulot ...


Auteurs :

propos recueillis par Hélène Rocco

et Eric Bouvet

Né à Paris en 1961, le photographe Eric Bouvet a couvert la chute de l’Union soviétique

et de nombreux conflits - Yougoslavie, Tchétchénie, guerre du Golfe, Afghanistan, Soudan...

Son travail a été récompensé par plusieurs World Press,

le prix Bayeux des correspondants de guerre et le Visa d’or.

Source : http://www.6mois.fr/J-ai-fait-mon-boulot

« L’histoire d’Omayra a fait le tour du monde. En 1985, le volcan Nevado del Ruiz, en Colombie, entre en éruption. Des dizaines de villages sont engloutis. A l’annonce de la nouvelle, l’agence Gamma m’envoie couvrir l’événement. J’atterris à Bogota avant de rejoindre en hélicoptère le village le plus sinistré, Armero. C’est mon premier « gros coup ». Sur place, nous ne sommes qu’une poignée de journalistes.

Dans le village, un homme nous alerte : une jeune fille de 13 ans est coincée dans les décombres de sa maison depuis trois jours. Elle est bloquée sous des tonnes de béton, il n’y a rien à faire. Autour de nous, les gens hurlent. Face à l’horreur, je ne tiens pas plus de cinq minutes. Je vais vomir. Pas question d’attendre qu’elle meurt : je m’en vais.

Ce jour-là, mon confrère Franck Fournier a choisi de prendre une photo d’Omayra en plan serré. Un cameraman a filmé la scène, lui aussi en plan serré. On entend Omayra dire ses adieux à son petit frère. Le lendemain, les images font l’ouverture des journaux de 13h de TF1 et d’Antenne 2, un journaliste pleure en direct.

De mon côté, j’ai opté pour un plan large, plus informatif, moins dans le pathos. Je voulais montrer l’ensemble de la situation, les secouristes impuissants, cette masse de gravats, la tragédie d’une mort inéluctable. De retour à Paris, j’en ai pris plein la gueule. Tout le monde était choqué, persuadé que nous avions laissé mourir Omayra pour une image. Ma conviction, c’est qu’il fallait témoigner. C’est important pour moi de faire ce travail tout en gardant une certaine limite, celle du respect de la personne. C’est ce que j’ai fait. Suite à la diffusion de ces images, de très nombreuses personnes ont donné de l’argent pour la reconstruction du village. »


© 2020 Marc Mercier Photography