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une photographe a fait un fanzine avec ses amies tumblr et ses matches tinder


Un "phénomène" qui n'est pas sans rappeler l'underground new-yorkais des années 70 ...

La photographe anglaise Fia Yaqub, qui compte Richard Kern et Nick Knight parmi ses plus grands fans, a passé un été à sillonner l'Amérique en photographiant l'intimité féminine pour son nouveau fanzine, "Peaches".

Source : https://i-d.vice.com/fr/article/une-photographe-a-fait-un-fanzine-avec-ses-amies-tumblr-et-ses-matches-tinder?utm_source=idfrfb

Auteur : Alice Newell-Hanson

Fia Yaqub était déjà connue sur Tumblr avant de partager ses propres photos. Son flux de photos de nus arrangées en groupes de couleurs a attiré un grand nombre de followers, dont le légendaire photographe de mode Nick Knight. Alors qu'elle était en deuxième année à l'Université de Salford en Angleterre, Knight l'a contactée pour lui demander de gérer le Tumblr SHOWstudio quelque temps. Ceci dit, promouvoir la photo de nue sur Instagram est une autre histoire.

"Je me fais censurer beaucoup d'images" me dit Fia au téléphone, depuis Manchester. "J'en ai publié une hier soir et je savais qu'elle allait être supprimée. C'est déjà le cas. Ça n'arrive pas sur Tumblr." Tout comme Instagram, les clichés de Fia nous questionnent sur la frontière entre notre intimité et ce que l'application considère comme "contenu inapproprié". Sorti récemment, son nouveau zine Peaches est le résultat d'un été passé à voyager de ville en ville américaine pour photograhier des filles "comme elles sont, dans leur environnement" ; sur leur lit, dans leur salon, dans l'AirBnB de Yaqub. Si photographier des filles dans leur chambre est devenu quelque chose d'assez commun ces dernières années, les images de Yaqub possèdent une transparence unique - comme des fenêtres donnant sur le privé, l'intime, le beau et les moments que l'on n'a pas l'habitude de voir.

Comment a commencé Peaches ?

Ce n'était pas un projet à proprement parler - le nom Peaches ne m'est venu qu'au moment d'imprimer le zine. J'ai simplement essayé de collecter des travaux l'été dernier, sachant que je partais aux États-Unis pour deux mois. Je suis allée à Los Angeles, à San Francisco, à Chicago puis New York. Du coup, je voulais photographier autant que possible parce que je trouve qu'en Angleterre les filles ne se prêtent pas autant à la photo de nu.

Comment as-tu trouvé tes modèles aux États-Unis ?

J'étais assez populaire en ligne quand j'étais sur Tumblr. J'ai ensuite migré sur Instagram, mais je connaissais encore beaucoup de filles. J'ai essayé d'en aligner un maximum avant d'arriver, en faisant des demandes via Instagram. Je suis revenue chez moi avec 64 pellicules. En deux mois.

Pourquoi penses-tu qu'il y a une telle différence entre les Anglaises et les Américaines dans leur manière de poser ?

Ça me semble assez étrange. Je me souviens qu'à l'université, mon prof me disait : "Tu dois trouver les filles les plus libres et déchaînées". Je répondais : "Il n'y en a aucune." C'est en tout cas très, très rare.

Tu as fait un stage avec Richard Kern à New York, pendant que tu étais à l'école.

Comment tu as fait ?

J'ai toujours adoré Richard, avant mes 16 ans, déjà. Je lui ai envoyé des tonnes de mails. Ça a dû devenir assez chiant au bout d'un moment, mais en même temps toujours assez flatteur. J'ai fini par l'user. Je suis encore en contact avec lui. Son style est très différent du mien : il photographie au numérique, utilise de la lumière et de l'équipement. Je n'utilise que mon argentique, et c'est tout. Mais c'était génial d'observer la gestion de ses modèles, et sa manière de préparer une photo.

Pourquoi as tu décidé de ne photographier qu'au film ?

J'aime le fait de ne pas savoir ce que ça va donner. Ça peut être complètement foiré, je peux n'aimer aucune des photos que j'ai prises et il arrive qu'une pellicule finisse à la poubelle, mais c'est une façon de photographier qui me ressemble plus. De toute manière, je passais mon temps à modifier mes photos numériques pour leur donner une touche argentique.

Comment tu organises ton shooting quand tu te retrouves dans une pièce avec quelqu'un ?

J'essaye autant que possible de traîner, de mettre la personne à l'aise. Je la dirige vers un endroit et engage une conversation qui dure le temps du shooting, la personne peut même passer un coup de fil. J'essaye s'instaurer une intimité, que tout devienne naturel - je ne veux pas que ça paraisse forcé.

Tu as indiqué que l'une des filles était un de tes matches Tinder.

Comment tu as abordé le projet avec elle ?

J'étais à San Francisco et j'étais sur Tinder parce que je voulais voir la différence entre les Américaines et les Anglaises. J'ai matché avec elle et on s'est mises à parler, normalement. Puis j'ai parcouru son Instagram et j'ai vu qu'elle prenait des photos nues. Du coup je lui ai dit que je photographiais des filles nues aussi et elle m'a dit que si je passais à New York - elle est originaire de New York - je pourrais la prendre. Il s'est avéré qu'elle vivait à 15 minutes de là où je logeais à Brooklyn.

J'aime le fait que tu mentionnes le nom de celles que tu photographies sur ton site. Ça rajoute un peu plus de corps.

Je demande toujours aux filles si elles souhaitent utiliser leur vrai nom. La plupart acceptent. Mais ce n'est que les prénoms, les gens ne peuvent donc pas aller creuser. J'aime bien, ça ajoute un aspect intime.

Pourquoi ce nom, Peaches ?

Je prends beaucoup de notes et j'y ai trouvé une ligne provenant d'un poème ou d'une chanson que j'aimais beaucoup mais qui ne me semblait pas tout à fait juste. Et puis, les fesses me font penser à des pêches, donc je me suis dit, pourquoi pas simplement l'appeler Peaches. L'emoji pêche est d'ailleurs au dos du livre.


© 2020 Marc Mercier Photography